Au bout d’un très joli lac bernois

Au bout d’un très joli lac bernois

De hauts murs blancs, érigés à la fin du 12e siècle et flanqués de quatre tourelles, le dressent sur sa colline telle une fusée à son lancement.

Le château de Thoune, magnifique de sobriété architecturale, semble pourtant sortir tout droit d’un Walt Disney. Je me réjouis déjà d’y admirer quelques exemplaires pittoresques et colorés de ce qu’on appelait autrefois à tort la « majolique de Thoune »1.

Le musée, ouvert dans le donjon du château, existe depuis 1888 ; le guichetier et gardien du musée était d’ailleurs aussi celui de la prison, adossée à un mur voisin. Mais heureusement, l’équipe d’accueil actuelle nous souhaite une cordiale bienvenue et nous donne immédiatement les informations utiles. Voilà qui présage d’une bonne visite !

Dès la première salle quelques surprises nous attendent. Un intelligent dispositif numérique d’ombres chinoises nous évoque les silhouettes des habitants et l’ambiance du château médiéval. L’imaginaire s’enclenche de suite. Point de vitrines traditionnelles collées aux murs ! À cet étage comme dans les suivants, une plateforme centrale aborde un thème différent de l’histoire de la ville et de la région.

Pivot de cette judicieuse scénographie, cet espace d’exposition laisse toute la place nécessaire pour s’imprégner et admirer l’architecture du château.

Le propos historique est illustré par une excellente sélection d’objets de la collection permanente, parmi lesquels quelques chefs-d’œuvre comme la « tapisserie aux médaillons », l’une des plus ancienne conservée en Suisse.

Vitraux, monnaies carreaux de poêle, tapisseries, peinture, mobilier, armes et armoiries ou encore extraits des fouilles archéologiques sont mis en scène pour permettre de considérer un ensemble significatif ou bien chaque objet. Une signalétique avisée soutient et documente ce parcours : les textes de salle sont brefs mais pertinents ; le cartel de chaque œuvre formule son contexte ou pointe un détail révélateur. Tout cela est décliné en trois langues – allemand, français et anglais – un avantage aujourd’hui encore trop rare dans nos musées.

Quelques installations numériques, bornes ou autres tables tactiles, complètent le discours en approfondissant certains sujets majeurs de l’histoire thounoise, à l’instar des batailles entre Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, et les Confédérés victorieux – Berne et ses alliés – entre 1476 et 1477.

Last but not least, le parcours est jalonné d’invitations à participer, aussi instructives que ludiques. Nous essayons par exemple de tenir une comptabilité comme le faisaient les baillis de Thoune, puis de rendre la justice selon la législation en vigueur au Moyen-Âge et enfin de deviner ce que mangeaient les habitants du château en examinant trois os d’animaux différents.

La salle des chevaliers au quatrième étage embrasse un vide impressionnant, d’une esthétique aussi simple qu’imposante. Un final grandiose dans la charpente du toit explique la construction typique et s’éclaire progressivement à votre guise tandis qu’une vue spectaculaire depuis les tourelles peaufine ce tour. Ma foi, c’est une récompense méritée pour qui aura gravi les six étages du château.

Ne manquez pas de faire prochainement une pause « culture et histoire suisse » à Thoune !

https://schlossthun.ch/fr/

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1 La céramique de style « Vieux Thoune » est en effet une terre cuite peinte en polychromie et recouverte d’une glaçure transparente, le plus souvent plombifère, tandis que le terme de majolique désigne une faïence nappée d’un émail stannifère.

Légendes et copyright :
Fig. 1. Vue du château de Thoune depuis une ruelle au pied de la colline
Fig. 2. Plat fabriqué dans un atelier de la région de Heimberg, peut-être à la manufacture Johannes Wanzenried, vers 1880. Terre cuite, décor peint aux engobes polychromes et gravé, sous glaçure. Vue de Lausanne au bord du lac Léman peinte à l’huile. Inv. AR 07897. Cette pièce appartient au Musée Ariana, mais le château et musée de Thoune conserve la plus importante collection suisse de céramiques de cette typologie.
Fig. 3 et 4. Deux des espaces d’exposition, avec la plateforme centrale et l’environnement architectural : le 3ème étage sur le thème de 800 ans de gouverneurs administratifs et le 5ème étage présentant le château comme bâtiment ducal, grenier et prison.
Fig. 5. Tapisserie aux médaillons, tissage de laine et détails en broderie, vers 1300. Décor avec Saint-Maurice, patron de la ville de Thoune, entouré de symboles de la foi chrétienne.
Fig. 6. Dispositif support de médiation participative et ludique
Fig. 7. L’immense charpente du toit « en croupe » mesure plus de 20 mètres de haut. Elle a été construite en poutres massives par les autorités bernoises, vers 1434, pour remplacer la toiture d’origine datant des années 1200.
Crédits photo : Isabelle Naef Galuba

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À propos

Découvrir, apprendre, plonger dans le monde de la céramique et du verre, voilà ce que propose ce blog. Les textes sont signés par des collaborateurs-trices du musée mais aussi par des professionnel-le-s et des amateurs-trices venant parfois d’autres horizons. Tous et toutes prêt-e-s à faire partager leur savoir, chacun pose ici un regard passionné, scientifique et inédit, décalé et amusé parfois.

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